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But lucratif ou non lucratif : la différence entre association et entreprise expliquée

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but lucratif non lucratif

La rue devant une salle municipale bourdonne d’une répétition de théâtre amateur. Vous sentez l’énergie quand les bénévoles montent les chaises. Le problème survient quand le trésorier parle de recettes et de frais. Il faut clarifier quel cadre juridique s’applique pour éviter les pièges. Ce texte explique quelles règles gouvernent les structures associatives et leurs conséquences fiscales et pratiques.

Le cadre légal qui définit but lucratif et but non lucratif en droit français

En droit français, la distinction entre but lucratif et non lucratif ne dépend pas uniquement du nom de la structure mais surtout de sa finalité et de son mode de fonctionnement. L’association loi 1901 est le statut le plus courant pour des projets à but non lucratif : elle se crée librement, mais doit respecter le principe de gestion désintéressée. Ce principe signifie que les bénéfices ne peuvent pas être distribués aux membres et que la rémunération des dirigeants doit être modérée et justifiée.

Lorsque l’association exerce des activités économiques, elles restent possibles, mais le cumul d’activités marchandes et d’objectifs non lucratifs peut conduire l’administration fiscale à requalifier l’activité et à appliquer des impositions (TVA, impôt sur les sociétés, contributions sociales). Les critères de requalification figurent dans la doctrine administrative et la jurisprudence et sont synthétisés dans le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP).

La gestion désintéressée : exigences et risques

La gestion désintéressée impose trois exigences principales : l’absence de partage des bénéfices, la rémunération raisonnable et justifiée des dirigeants, et la priorité donnée à la réalisation de l’objet social. Si une association distribue ses excédents à des membres ou verse des rémunérations manifestement excessives, elle perdra le bénéfice de cette gestion et pourra être traitée comme une entreprise commerciale, avec les conséquences fiscales et sociales que cela implique.

Exemple concret : une association sportive qui vend un grand volume de billets de spectacle et rémunère son directeur de façon très élevée risque d’être considérée comme exerçant une activité commerciale. Dans ce cas, les recettes peuvent être assujetties à la TVA et l’association soumise à l’impôt sur les sociétés.

Les implications fiscales et pratiques

Le choix de la structure juridique influe directement sur la fiscalité, les obligations comptables, l’accès au mécénat et aux subventions, ainsi que sur la gouvernance. La nature et le volume des recettes déterminent le régime TVA et l’éventuelle imposition des excédents. Les associations peuvent bénéficier d’exonérations dans certains cas (activités non lucratives, but éducatif ou social), mais ces exonérations sont conditionnées par des critères précis.

Le risque de requalification dépendra de plusieurs éléments : la part des recettes issues d’activités lucratives, l’existence d’une concurrence avec des entreprises du secteur, la structure des prix et l’importance des activités commerciales par rapport aux activités non lucratives.

Comparaison pratique : association, entreprise, fondation

Tableau comparatif des principales caractéristiques
Critère Association (loi 1901) Entreprise commerciale Fondation / fonds de dotation
Partage des bénéfices Interdit Autorisé Interdit ou très encadré
Fiscalité Exonérations possibles selon activité Imposition normale (IS, TVA) Régime spécifique et contrôle strict
Gouvernance Assemblée générale, conseil d’administration Associés, organes prévus par le droit commercial Conseil, dotation initiale protégée
Financement Cotisations, subventions, dons Ventes, investisseurs, crédits Dotations, mécénat, legs

Critères pratiques pour choisir

Avant de choisir, il est utile de répondre clairement à plusieurs questions :

  • La finalité principale est-elle sociale, culturelle, éducative ou commerciale ?
  • Le volume d’activité commerciale sera-t-il significatif par rapport aux activités non lucratives ?
  • Les dirigeants seront-ils bénévoles ou rémunérés ? Si rémunérés, selon quelles modalités ?
  • Souhaitez-vous attirer des investisseurs ou conserver une mission principalement financée par des dons et subventions ?
  • Avez-vous besoin d’une dotation initiale pérenne (cas d’une fondation) ?

Répondre à ces questions permet de déterminer si le maintien du statut associatif est pertinent, s’il faut créer une structure commerciale ou envisager une fondation ou un fonds de dotation pour sécuriser des fonds importants et bénéficier d’un cadre de mécénat adapté.

Mesures pratiques et bonnes pratiques comptables

Quelles que soient les options retenues, quelques règles pratiques aident à limiter les risques :

  • Formaliser l’objet social et les activités dans les statuts.
  • Tenir une comptabilité claire et distincte entre activités lucratives et non lucratives.
  • Fixer des règles de rémunération transparentes et justifiées.
  • Archiver les conventions entre la structure et ses dirigeants ou prestataires.
  • Consulter la doctrine (BOFiP) ou un avocat fiscaliste dès que le modèle économique devient hybride.

Ces précautions facilitent la défense en cas de contrôle et permettent de bénéficier, le cas échéant, des exonérations prévues par la loi.

Conclusion

Le choix entre association, entreprise ou fondation repose sur l’équilibre entre l’objet social, le volume d’activité commerciale et la volonté de redistribution. Une association peut exercer des activités lucratives, mais doit conserver une gestion désintéressée et des règles transparentes pour éviter la requalification. Si la frontière reste floue, il est recommandé de solliciter un conseil juridique ou un expert-comptable pour sécuriser le projet.

Pour approfondir, consultez les ressources publiques (service-public.fr, BOFiP) ou prenez rendez-vous avec un professionnel du droit.

Questions et réponses

Qu’est-ce que veut dire « à but non lucratif » ?

À titre liminaire, « à but non lucratif » caractérise une association loi 1901 qui n’a pas pour objet la distribution de bénéfices entre ses membres, mais la réalisation d’un objet social d’ordre moral, culturel, sportif ou social. En pratique, l’interdiction de partage des excédents signifie que les résultats doivent être affectés à la réalisation de l’objet associatif, réinvestis au service de l’activité ou placés en réserve. La qualification repose sur la finalité, la gestion désintéressée et l’absence d’intention lucrative. En cas d’activité économique, la conformité fiscale et la jurisprudence exigent une analyse factuelle fine, à apprécier selon les circonstances.

Est-ce qu’on dit obnl ou osbl ?

Il convient de distinguer les sigles, OBNL et OSBL, plus qu’ils n’opposent de concepts, ils traduisent des choix linguistiques régionaux et terminologiques. En droit français, le terme courant reste organisme ou association à but non lucratif, l’expression personne morale sans but lucratif désignant la structure juridique selon l’objet et la gouvernance. OBNL, OSBL circulent surtout dans les pratiques comparatives, notamment entre France et Québec. Au fond, la qualification juridique se fonde sur la finalité non lucrative, la gestion désintéressée et l’absence de partage des bénéfices, pas sur l’abréviation choisie. Il convient donc d’examiner la nature de l’objet social, précisément toujours.

Comment savoir si une association a but lucratif ou non ?

À titre liminaire, la notion d’association à but non lucratif repose sur trois critères, la finalité, la gestion et l’affectation des résultats. Une association peut exercer des activités économiques pourvu que les bénéfices soient réinvestis dans l’objet social, que la gestion soit désintéressée et que la concurrence envers le secteur privé ne soit pas déloyale. L’examen se fonde sur l’intention des fondateurs, la réalité des flux financiers, la destination des excédents et le respect des règles relatives aux prix, au public, aux produits et à la publicité. En cas de doute, un contrôle fiscal ou judiciaire tranchera, selon la jurisprudence récente.

Quelles sont les activités à but lucratif ?

La qualification d’activité lucrative renvoie, en pratique, à la vente de produits ou à la fourniture de prestations rémunérées, dès lors que ces opérations relèvent d’un caractère commercial. Toutefois, lorsque ces activités sont indissociables d’un objet social non lucratif, notamment l’insertion ou la réinsertion économique et sociale de personnes en difficulté, elles ne privent pas nécessairement l’organisme de son statut non lucratif. Ces recettes contribuent financièrement et en nature à la réalisation de l’objet social. L’analyse exige une approche factuelle, la prise en compte des modalités de gestion et, si besoin, un examen fiscal détaillé sur la base des faits.

Sonia Leonardo

Avocate passionnée et engagée, Sonia Leonardo décrypte l'actualité juridique et partage son expertise sur les lois et le fonctionnement de la justice. Sur son blog, elle explore également les coulisses du monde du barreau, offrant des analyses claires et accessibles pour éclairer les questions juridiques complexes. Avec un regard avisé et une volonté d'informer, Sonia accompagne ses lecteurs dans leur compréhension des enjeux légaux contemporains

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